Interview d’auteur/e/s: Frédéric Meurin

Bonjour tout le monde, aujourd’hui nous allons continuer la nouvelle série d’articles. Je vous emmène donc à la découverte d’auteur/e/s qui ont bien voulu répondre à quelques questions concernant leur métier et sur leur/s roman/s. Ce rendez-vous aura lieu tout les mercredi. Et aujourd’hui, nous continuons avec Frédéric Meurin.

1) Pourriez-vous me raconter comment vous avez commencé à écrire ?
De manière très désordonnée !
J’ai commencé à dessiner des pseudo-bds illisibles (des batailles spatiales qui se déroulaient dans la même case, en superposant les différentes étapes…). Puis à raconter des petites choses, puis vinrent les scénarios de jeu de rôles et enfin des prototypes de nouvelles, de romans…
Pour moi, écrire consiste avant tout à raconter des histoires. C’est ce qui me plait dans ce medium. Si le récit revêt une belle apparence, adopte une langue élégante, c’est encore mieux. Pour le moment, je procède par étapes, cependant : produire des histoires cohérentes et intéressantes demeure ma priorité, le style viendra de lui-même. Schopenhauer disait que « la première règle, en fait la seule qui se suffise pour avoir un bon style est d’avoir quelque chose à dire ». Vu le parcours du monsieur, je vais lui faire confiance et simplement travailler à un texte de qualité, bon rythme, propos captivant, précision et richesse du vocabulaire. Ca devrait faire l’affaire à ma modeste échelle !
2) Avez-vous déjà eu un journal intime, des carnets où vous releviez des citations, des pensées,… ?
J’ai eu un journal intime étant adolescent. Il faudrait que je le retrouve, à supposer que je l’aie gardé. Pas dit. Dans mon souvenir, ce petit carnet répondait à toutes les caractéristiques du cliché de journal intime de film américain, même si je ne commençais pas chaque entrée par « cher journal… ». Cela dit, c’était une époque où j’écrivais tous les jours, une bonne pratique qu’il m’a fallu très longtemps à remettre en place.
Aujourd’hui, j’ai en effet un carnet où je note tout ce qui me traverse l’esprit. Tout peut servir, vraiment : cette attitude, ce vêtement, cette bizarre association d’idées, cette réplique, tout, tout, tout peut servir. Je pourrais recaser une citation de Jerry Seinfield, mais ça serait entamer une mauvaise habitude où mon propre discours se réfugierait derrière des citations de personnes célèbres. Bref, oui, j’ai un carnet, où je note tout ce qui me semble vaguement intéressant. Au fil du temps les différentes notes s’assemblent par thématique et une masse critique se forme autour d’une thématique pour composer un récit.
3) Comment vous est venu l’idée de publier?
La publication n’est qu’un moyen, dont on espère retirer quelque argent mais ce n’est pas le but, en tout cas pas le mien. J’écris des histoires qui j’espère intéresseront, émouvront, amuseront, d’autres personnes. Je traînais La Troupe, mon premier roman, dans un tiroir ; entre le premier jet, les ré-écritures et de longues périodes de procrastination se sont écoulées six années à l’issue desquelles j’étais rongé par une seule question : ce roman suscitera-t-il quelque chose chez des lecteurs ? J’avais besoin de connaître la réponse très vite, j’ai envoyé le manuscrit à deux ou trois maisons d’éditions, et sans même recevoir le refus, je suis passé à l’auto-édition. L’accueil réservé au roman fut positif. J’étais soulagé par cet encouragement et j’ai donc écrit un second roman, La Petite Fille qui détestait les étoiles. Cet ouvrage a également pris le chemin de l’auto-édition presque plus par précipitation que par calcul. Je prends mon temps sur le troisième, qui sera adressé à des maisons d’édition avant tout.
4) À partir du moment où vous avez publié votre premier ouvrage, vous a-t-il été plus facile (ou plus difficile) de publier ensuite?
Difficile à dire. La Troupe est parue en 2016 et La Petite Fille… en 2017. Sans doute possible, l’écriture m’est plus facile aujourd’hui, même si j’ai connu une nouvelle période d’écœurement tant j’avais écrit vite et beaucoup début 2017. La Petite Fille m’avait pris beaucoup d’énergie et j’ai également participé à la rédaction d’un jeu de rôle grandeur nature, quarante personnages à scénariser… Derrière, il a fallu que je recharge mes batteries et que j’assure la promotion de La Petite Fille. Ce double métier me pousse à aller vers l’édition plus classique, pour consacrer plus de temps à l’écriture en tant que tel. Et si les éditeurs ne veulent vraiment pas de moi, et bien je continuerai à travailler mon écriture. Je ne suis pas pressé.
5) Pouvez-vous me parler en quelques mots de chacun des livres que vous avez publié ( ou s’il y en a trop, de quelques-uns de votre choix) ?
La Troupe parle d’un groupe de jeunes qui se lancent dans l’aventure du théâtre. Ils cherchent à percer dans ce monde très concurrentiel qui fait rêver beaucoup de monde, sans que le public ne perçoive la réalité et l’intendance qu’il y a derrière la création artistique. Plutôt que le côté glamour des comédiens ou l’évidence des répétitions, je voulais aussi montrer les conflits entre humains, quand il faut concilier la vie personnelle, la promotion, l’affichage, et tenter de rester créatif. Ca ressemble beaucoup à l’auto-édition, n’est-ce pas ?
La Petite Fille qui détestait les étoiles devait à la base être une nouvelle, pour un appel à textes sur le thème du voyage. Je n’avais pas fini l’exposition que j’avais déjà atteint la limite de signes autorisés pour l’AT. Ce flot m’a pourtant encouragé à continuer et un concours sur les romans s’inspirant d’un fait-divers réel est apparu chez Librinova… et La Petite Fille… tournait autour d’un fait-divers réel, aussi. Ce court roman raconte l’histoire d’une petite fille délaissée par ses parents astronautes et de comment elle grandit au milieu de l’indifférence générale, dans le contexte de la conquête spatiale des années 80. C’est là aussi une histoire très humaine.
6) Avez-vous des rituels pour écrire ?
Le seul rituel identifiable revêt plutôt la forme d’une habitude : écrire tous les jours, au moins une heure. Je m’efforce de plus à écrire au moins une ligne sur mon « prochain gros projet », en ce moment mon troisième roman, pour garder ce fil rouge très présent et ne pas laisser de plus petits projets (nouvelles, blogging, correction…) devenir des diversions gratifiantes. Grignoter, pourquoi pas, mais il ne faut pas oublier quel est le plat principal !
Et quand j’écris, une seule constante : beaucoup, beaucoup de thé. Ce qui m’oblige à me lever de temps en temps, rien de tel pour se dégourdir les jambes et prendre du recul sur le travail en cours !
7) Que voulez-vous transmettre à travers vos livres ?
J’essaye déjà de produire de bons divertissements, pourvus des qualités littéraires que j’ai évoquées plus haut, richesse du vocabulaire, fluidité, intérêt et rythme du récit. J’emploie avec plus de fréquence des « mots compliqués », pour ne pas céder à la facilité. Recourir aux cinq cents mots les plus communs de la langue française ne me suffit pas. Cela implique que des mots potentiellement inconnus du lecteur ne doivent pas entraver la fluidité de la lecture et être compris dans le contexte global. Ce qui s’avère plus simple à dire qu’à faire !
Au delà de cette ambition stylistique, je suis très sensible au féminisme et à la visibilité des minorités. Certaines personnes trouveront que je profite d’un effet de mode, mais je me suis moi-même déçu quand des clichés sexistes m’ont été pointés dans La Troupe. J’étais content que mon premier roman passe le test de Bechdel, et à côté de ça, un personnage homme blaguait sur l’engagement féministe d’une des personnages, le dénigrant et le dévalorisant de facto, un autre jugeait de la personnalité de certaines personnes sur leur seule apparence physique. Je ne prétends pas écrire des mondes (réels ou imaginaires) caricaturaux comme les films hollywoodiens actuels où seuls les méchants fument. J’aimerai éviter cette tendance du « seuls les méchants sont sexistes, homophobes, grossophobes, racistes… » mais je refuse cette autre facilité, cette paresse, qui consiste à recycler les mêmes blagues éculées sur les blondes ou les juifs du sentier.
8) Qu’éprouvez-vous avant la sortie d’un roman?
Du trac : une excitation à l’occasion de présenter au monde mon bébé mêlée d’une trouille face aux réactions. « Arrête de niaiser, dis qu’il est beau l’bébé ! » Plus sérieusement, c’est exactement ça : du trac.
9) Quels sont vos futurs projets? (Nouveau livre,…)
Je travaille sur plusieurs choses – et je ne peux pas parler de toutes ! Par manque de place mais aussi par superstition ou discrétion.
Dans les informations que je peux divulguer, figurent mes nouvelles mensuelles sur mon site (https://www.frederic-meurin.com/ ), une nouvelle pour le prochain recueil du collectif La Pieuvre, qui comme le précédent sera vendu au profit d’une association caritative, et mon prochain roman.
Je collabore en tant que relecteur sur la seconde édition du Jeu de Rôles « 7eme mer » et je devrais rejoindre l’équipe d’un autre studio pour la rédaction intégrale d’un supplément – qui constituera sans doute mon livre 2018.
Par ailleurs, je reprends un manuscrit commencé il y a cinq ans, un récit de fantasy dont la trame était alors assez caricaturale et que je suis en train de retravailler et compléter pour la rendre plus adulte, plus noire en tout cas. Ce roman suivra les aventures d’un groupe de jeunes gens dans un monde sous pression, entre complots politique et religion.
10) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à vos lecteurs rêvant de devenir écrivain?
De se méfier des conseils d’écriture ! Selon l’auteur auprès de qui vous les prendrez, vous pourrez entendre tout et son contraire : qu’il faut rédiger un plan, ne pas en rédiger au contraire, qu’il faut très bien connaître ses personnages en leur rédigeant des biographies, ou pas, qu’il faut vomir son manuscrit pour le reprendre une fois fini ou au contraire le retravailler petit à petit… Tout ces conseils ne sont des méthodes à expérimenter pour voir si elles vous conviennent.
Les seuls trois conseils qui me semblent assez universels pour être partagés sans risque :
pratiquez tous les jours, même une phrase, le but est de créer l’habitude et de la développer (il faut donc passer à plusieurs phrases, à un moment) ;
gardez un carnet à portée, tout le temps, notez-y tout ce qui vous émeut, joie, colère, tristesse, lassitude, tout resservira peut-être (il faut juste relire le carnet de temps en temps pour en retrouver les pépites) ;
finissez ce que vous avez commencé : que ce soit en expulsant le premier jet d’une traite ou en y allant un quart d’heure par jour, finissez. Ensuite, retravaillez. Et recommencez.

Voilà pour cette nouvelle interview 🙂

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Où trouver ses romans:
Son site

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